Compte rendu de la nuit du 4 août

Voici ce qu’aurait été le CR de l’AP du 4 Aout 1789. Plus encore que la prise de la Bastille, c’est cette date qui marque le vrai tournant politique de la Révolution Française et qui devrait logiquement être la date de la fête nationale, celle de l’abolition des privilèges. En attendant que l’Histoire se répète.

– Le duc d’Aiguillon propose l’égalité de tous devant l’impôt et le rachat des droits féodaux. En réponse, Pierre Samuel du Pont de Nemours réclame des mesures de rigueur contre la paysannerie. Les nobles s’ouvraient à la pitié, le bourgeois blâmait l’inaction des autorités et il parlait d’envoyer des ordres sévères aux tribunaux.
– Tour à tour, dans une ambiance indescriptible, Le Guen de Kérangal, le vicomte de Beauharnais, Lubersac, l’évêque de La Fare vont surenchérir en supprimant les banalités, les pensions sans titre, les juridictions seigneuriales, le droit de chasse, les privilèges ecclésiastiques.
– Le marquis de Foucault fait une motion vigoureuse contre l’abus des pensions militaires et demande que le premier des sacrifices soit celui que feront les grands, et cette portion de la noblesse, très opulente par elle-même, qui vit sous les yeux du prince, et sur laquelle il verse sans mesure et accumule des dons, des largesses, des traitements excessifs, fournis et pris sur la pure substance des campagnes.
– Le vicomte de Beauharnais propose l’égalité des peines sur toutes les classes des citoyens, et leur admissibilité dans tous les emplois ecclésiastiques, civils et militaires.
– Cottin demande l’extinction des justices seigneuriales ainsi que celle de tous les débris du régime féodal qui écrase l’agriculture.
– L’évêque de Nancy Mgr de La Fare, s’emparant de la parole, après l’avoir disputée à l’un de ses confrères demande au nom du clergé, que les fonds ecclésiastiques soient déclarés rachetables et que leur rachat ne tourne pas au profit du seigneur ecclésiastique, mais qu’il en soit fait des placements utiles pour l’indigence.
– L’évêque de Chartres, présentant le droit exclusif de la chasse comme un fléau pour les campagnes ruinées depuis plus d’un an par les éléments, en demande l’abolition, et en fait l’abandon pour lui, heureux de pouvoir donner aux autres propriétaires du royaume cette leçon d’humanité et de justice.
– De Richer revenant sur l’extinction des justices seigneuriales, demande la gratuité de la justice dans tout le royaume, sauf les précautions tendant à étendre l’esprit de chicane et la longueur indéfinie des procès.
– Le duc du Châtelet propose alors qu’une taxe en argent soit substituée à la dîme, sauf à en permettre le rachat, comme pour les droits seigneuriaux.

NB: Tout semble fini mais une scène non moins grande commence. L’ébullition ne permet plus de tenir un CR précis, voici un résumé du reste l’AP.

– Après les privilèges des classes, viennent ceux des provinces. Celles qu’on appelle Pays d’État, qui ont des privilèges à elles, des avantages divers pour les libertés, pour l’impôt, rougissent de leur égoïsme, elles veulent être France, quoi qu’il peut en coûter à leur intérêt personnel, à leurs vieux et bons souvenirs. Le Dauphiné après la journée des Tuiles, l’année dernière à Vizille , l’a déjà offert magnanimement pour lui-même et conseillé aux autres provinces. Il renouvelle cette offre. Les plus obstinés, les Bretons, quoique liés par leurs mandats, liés par les anciens traités de leur province avec la France, n’en manifestent pas moins le désir de se réunir. La Provence en dit autant, puis la Bourgogne et la Bresse, la Normandie, le Poitou, l’Auvergne, l’Artois. La Lorraine, en termes touchants, dit qu’elle ne regrettera pas la domination de ses souverains adorés qui ont été pères du peuple, si elle avait le bonheur de se réunir à ses frères, d’entrer avec eux dans cette maison maternelle de la France, dans cette immense et glorieuse famille !

– Puis c’est le tour des villes…

– Lally-Tollendal termine la séance en apothéose en proclamant Louis XVI restaurateur de la liberté française.

– EN UNE NUIT, LES FONDEMENTS DU SYSTÈME PAR ORDRES VIENNENT DE S’EFFONDRER.

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