Communiqué de presse sur le 23 juin 2016

Communiqué de Nuit Debout Grenoble
(#129 mars – anciennement 7 juillet 2016)

Retour sur la journée du jeudi #115 mars – anciennement 23 juin 2016

Durant cette journée de mobilisation contre la loi travail et son monde, plusieurs types d’actions ont eu lieu :

  • Le collectif « On bloque tout 38 » a mené une action de blocage à la presqu’île Europole le matin. Sur place, deux contrôles d’identité ont été effectués par les forces de l’ordre. En rentrant de cette action, un véhicule participant au blocage a été contrôlé sur Grenoble avec ses occupants. Les forces de l’ordre ont procédé à des contrôles d’identité et des fouilles au corps.
  • L’après-midi, une manifestation à l’appel de l’intersyndicale, à laquelle participaient des personnes de Nuit Debout, est partie de la place Felix Poulat. Durant la manifestation, un jeune homme a été interpellé au milieu du cortège, suite à des propos qu’il aurait tenus le matin même durant l’action de blocage. Au moment de cette arrestation, il y a eu des jets de peinture sur les véhicules de police. Le cortège a décidé de faire demi-tour pour marquer son désaccord avec cette arrestation. Suite à cela, une perquisition a eu lieu au domicile du jeune homme pour rechercher des armes (..)
  • Le soir, une manifestation libre s’est déroulée dans les rues du centre-ville de Grenoble.

Après cette journée de mobilisation, il nous a semblé primordial de revenir sur les circonstances de chacune des actions menées et sur les réponses judiciaires et policières qui en ont découlé, afin de clarifier les propos tenus par certains médias relatant uniquement le point de vue des forces de l’ordre.

De nombreuses comparutions immédiates se sont tenues dès le lendemain, avec des peines de prison ferme prononcées, des contrôles judiciaires (interdiction de séjour à Grenoble) mis en place, des dommages et intérêts exorbitants demandés, des mandats de dépôt appliqués (emprisonnement provisoire en attendant le procès).

À la suite de la manifestation de l’après-midi, un groupe de personnes s’est rendu en fin de journée devant l’hôtel de police afin de soutenir le copain interpellé dans le cortège. Les personnes présentes n’ont manifesté aucune animosité à l’égard des forces de l’ordre, l’ambiance était paisible, des échanges ont eu lieu avec un mandaté de la police. Les manifestants ont invité les policiers très chaudement équipés à aller se reposer à l’ombre et boire de l’eau, tout comme ils le faisaient eux-mêmes. Après 1h sur place, l’attroupement s’est dispersé dans le calme. Une personne présente, malgré les tentatives du groupe pour l’apaiser, n’a pas pu s’empêcher de manifester sa colère vis à vis des policiers. Alors que la majorité du rassemblement s’éloignait, les forces de l’ordre ont fendu la foule à coups de matraque pour l’interpeller. Les personnes présentes ont été frappées, simplement parce qu’elles se trouvaient au mauvais endroit.

Le soir, une manifestation libre et festive a débuté à 21 h 30 dans le centre-ville de Grenoble et s’est poursuivie dans les rues piétonnes jusqu’au Cours Berriat. Sur le parcours, il y a eu quelques jets de peinture à l’eau (donc effaçable) sur une vitrine de banque et sur un véhicule de police. Trente minutes après le départ, la présence policière s’est faite plus forte suite à une action spécifique (la tête de cortège a accéléré la vitesse de marche, créant un mouvement de foule en direction de 2 voitures de police ; le cortège s’est ensuite redirigé vers la droite, ne souhaitant pas forcer le barrage des forces de l’ordre).

Ensuite, au niveau de la place Victor Hugo, une vitrine a été cassée à l’arrière du cortège. Un jeune homme se tenait sur le pas de la porte d’une pizzeria et filmait la manifestation libre ; les forces de l’ordre lui ont demandé d’effacer la vidéo, ce que le jeune homme a refusé de faire, invoquant le fait qu’il se trouvait dans un lieu privé (le restaurant). Ils l’ont donc tiré vers la rue, le sommant de donner son téléphone portable, ce que le jeune homme a de nouveau refusé de faire. S’en est suivi un étranglement pour le contraindre à obtempérer. Durant cette contention, les membres des forces de l’ordre ont plaqué le jeune homme contre la vitrine qui s’est brisée avec le choc. Ils sont ensuite repartis en accusant le jeune homme d’avoir cassé la vitrine et en rajoutant : « on a mieux à faire ».

Au croisement de la Rue de Bonne et de la Rue de la Poste, alors que le cortège s’était donné le mot pour une dispersion dans le calme à la place suivante et qu’aucune des sommations réglementaires n’avaient été entendues, les forces de l’ordre ont nassé les manifestants (technique de maintien de l’ordre consistant à encercler les manifestants) à grand renfort de matraques, armes électriques et gazeuses lacrymogènes utilisées à bout portant. Des témoins rapportent des visages en sang, un homme maintenu à terre avec une matraque au-dessus de son œil, etc. Un réel tabassage a eu lieu à l’encontre de personnes déambulant dans une ambiance pacifique. De nombreux blessés sont recensés, avec points de suture, ecchymoses, passage aux urgences pour cécité temporaire. Des ITT (Incapacité Temporaire de Travail) de 5 jours ont été constatées par des médecins et des suites d’examens sont toujours en cours.

Ce qu’il faut retenir de cette journée, c’est l’extrême violence dont ont fait preuve les forces de l’ordre envers les manifestants opposés à la loi travail, violence totalement disproportionnée au vu des dégradations constatées, toutes symboliques et à aucun moment dirigées contre des personnes. Tous ceux qui ont assisté à ces scènes d’une violence inouïe en ont été profondément choqués et jamais une répression aussi disproportionnée n’avait été observée lors d’une déambulation pacifique.

Nous tenons à remercier les quelques trop rares journalistes ayant eu le professionnalisme de chercher des sources contradictoires afin de rapporter des faits objectifs et déplorons le travail trop souvent bâclé de certains médias, qui font le choix de ne relater qu’une seule version des faits, avec pour seule source le rapport des forces de l’ordre.

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