Compte rendu de l’Assemblée populaire du #129 mars (anciennement 7 juillet)

Assemblée Populaire du #129 mars (anciennement 7 juillet)

Assemblée thématique sur l’année 1936

  • Intervention sur 1936 par Pierre Saccoman, sociologue, Auteur du livre « Genèse et structuration du Front populaire à Grenoble et dans l’Isère, 1934-1936 ».

Autres références sur le sujet :

 

Intervention de Pierre Saccoman :

[Il n’était pas possible de tout retranscrire étant donné la quantité d’informations échangées pendant cette intervention très riche et très intéressante. Ces notes sont sûrement incomplètes…]

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Allusion au décès de Rocard.
Rappel : Manuel Valls faisait partie des jeunesses rocardiennes.

Petit rappel historique :

  • 1871 : Commune de Paris – naissance du mouvement ouvrier
    Bilan = 20 000 fusillés, 30 000 déportés et 100 000 départs volontaires
  • 1895 : CGT. À ce moment-là, la France est le dernier pays européen à ne pas avoir de syndicats. D’où un mouvement ouvrier tardif.
  • 1920 : vague de grèves, écrasée par le pouvoir.

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Dans les années 1930, c’est l’arrivée du fascisme et du nazisme en Europe.

À ce moment-là, en France, après une journée d’émeutes (6 février 1934), les 3 principaux partis de gauche (la SFIO, le Parti radical-socialiste et le Parti communiste français) décident de s’unir pour faire face au fascisme montant.

Thorez (Secrétaire général du PCF), alors très opposé à une union avec la SFIO, change d’avis et accepte un rapprochement face à la menace fasciste.

Les Radicaux, quant à eux, se méfient du PCF. Mais suite à une volonté d’unité des militants pour ancrer de nouveau le parti à gauche et surtout suite à une défaite aux élections municipales de mai 1935, et à un souffle patriotique au sein du PCF, les Radicaux décident de suivre ce mouvement et rejoignent la manifestation du 14 juillet 1935.

Élaboration d’un programme commun en vue des élections du printemps 1936. Ce programme ne comportait rien de ce que l’on connaît aujourd’hui comme les acquis sociaux du Front Populaire. Il n’était pas fait mention aux congés payés, à l’augmentation des salaires, etc.),

Le Front populaire remporte une nette victoire aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 (57 % des voix au premier tour, 386 députés sur 608 sièges). Blum sera nommé président du Conseil le 4 juin 1936.

Mais avant la formation de nouveau gouvernement, des grèves éclatent au Havre le 11 mai. Une usine est occupée et après deux jours à résister, ils obtiennent satisfaction. Mais aussitôt, d’autres grèves éclatent et le mouvement se répand comme une trainée de poudre.

Toute la France est rapidement concernée et paralysée par des grèves d’une ampleur encore jamais vue, avec des occupations d’usines, des comités de grève, etc. Une aspiration révolutionnaire est alors palpable en France.

Mais Blum se charge de calmer les choses et négocie avec le patronat pour éviter la Révolution en mettant fin au mouvement de grèves. Les patrons effrayés par le climat qui règne alors décident d’accepter toutes les revendications des syndicats et octroient des augmentations de salaires significatives, des congés payés, etc.).

Thorez déclare même en 1936 : « Il faut savoir arrêter une grève ». De toute façon, le PC n’a pas été à l’origine des grèves, il les a seulement suivies. Les anarchistes et les trotskistes déclarent qu’il y avait là un début de Révolution qui a été volé.

Mais après 1936, le Franc est dévalué (les augmentations de salaires seront ainsi compensées par l’inflation), le climat en Europe se dégrade.

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À Grenoble, les radicaux se sont alliés à la droite pour évincer les socialistes. Mais les résultats donnent 63 % des voix pour le PC et PS réunis. Le Parti Radical disparaît à cause de son opposition au Front Populaire.

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1936 en Espagne :

Le soulèvement des mineurs des Asturies a lieu en 1934 et est réprimé dans le sang par le gouvernement (les républicains à l’époque). La droite et la gauche se déchirent et c’est dans un climat extrêmement tendu que le Fronte Popular remporte les élections de 1936.

Dès le 17 juillet, Franco tente un coup d’état. Si le gouvernement résiste, une véritable guerre s’installe entre les nationalistes et les républicains.

Cependant, beaucoup de villes qui devaient être conquises par les fascistes se soulèvent et résistent (comme Barcelone).

Ensuite, l’Espagne sera attaquée par les Italiens et les Allemands. Quand Staline se décide à entrer à son tour dans le conflit, il est trop tard. Il livre des armes mais elles sont destinées d’abord aux communistes, les anarchistes et les républicains passent après et doivent suivre les règles des communistes.

Il faut savoir que l’armée républicaine était une armée autogérée, même si elle manquait d’armes. Staline leur a demandé de passer sous les ordres des communistes. Il faut également noter que c’est la première fois qu’un gouvernement provisoire est tenu par des anarchistes, c’est une période historique. La CNT est alors le premier syndicat espagnol.

Staline a demandé à la France et à l’Angleterre de ne pas soutenir l’Espagne libertaire car la seule alternative acceptable pour lui était le communisme. Et si le PC en France a essayé d’arrêter le mouvement de grève, en Espagne, il a fait encore pire.

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En Russie, les bolchéviques ont été liquidés lors des procès de Moscou en 1936. Il ne restait que les communistes.

En Espagne, après une scission au sein du PC, des communistes sont exclus du PC et créent le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), réunissant les opposants de droite et de gauche.

 


Interventions de l’Assemblée / réponses :

Il faut se rendre compte que tout est parti de la crise systémique de 1929. Que la réponse ait été fasciste ou révolutionnaire, elle a été causée par cet événement. Pourquoi nous n’avons pas vu la même chose émerger après 2008 ? Parce que les banques ont été « sauvées » par les États. On a tout de même pu observer une monté de l’extrême-droite et des aspirations révolutionnaires n France.

Le capitalisme a failli mourir en 1929 mais il a été sauvé par la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945. En effet, d’un coup, il n’y avait plus de chômage et l’armée, grande consommatrice de biens en tous genres et d’armement a relancé la production.

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1936 et mai 1968 ont été des occasions en or pour porter des revendications fortes et renverser la situation. Mais dans les deux cas, cela n’a pas débouché sur une Révolution.

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En 1940, Pétain était au pouvoir en France et l’Assemblée Nationale avait voté pour qu’il ait les plein pouvoirs. Pétain décide d’intenter un procès (le procès de Riom) à Blum, Daladier (ex-ministre de la guerre) et Gamelin (chef des armées françaises). Il voulait les rendre responsables de la défaite 1940.

Blum s’est défendu lors de son procès en déclarant qu’il avait évité la Révolution en 1936, ajoutant qu’il avait augmenté les crédits militaires et relancé la production militaire.

Pétain préférait perdre contre l’Allemagne plutôt que de perpétuer la IIIe République. La France était aussi armée que l’Allemagne, elle aurait pu faire quelque chose.

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Lorsque le Front Populaire a été porté au pouvoir, il n’intégrait aucune des revendications sociales acquises ensuite dans son programme. Ces grèves de masse ont été déclenchées par la victoire électorale et la prise de conscience de la force que représentait cette véritable convergence populaire.

Il faudrait que Nuit Debout soit un moyen de dérober les conquêtes sociales au pouvoir, comme cela s’est fait en 1936.

Opposition au fait de jouer le jeu électoral. Mais voter blanc et faire une campagne de vote blanc pourrait être une solution.

Cette option n’est pas non plus envisageable, il faut changer complètement le schéma actuel, réfléchir à un autre système avec des mandats révocables, de réels conseils, etc. Le système démocratique actuel est totalement illégitime. Aucune place et aucun pouvoir ne sont donnés aux mouvements sociaux.

La dynamique entre victoire électorale et victoire sociale est une vaste question, qui mériterait d’y consacrer une autre AP thématique ultérieurement.

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Le Front Populaire est considéré comme une trahison. Le PS et le PC avaient compris dès 1934 que les choses se gâtaient et ont mis en place un rapprochement pour éviter un soulèvement populaire. Ça a été un moyen pour la bourgeoisie de répondre aux aspirations des gens.

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Il a eu deux gros oublis dans le programme du Front Populaire : c’est la question coloniale et la question des femmes (il y avait pourtant beaucoup de femmes grévistes). Le Front Populaire n’a pas donné le droit de vote aux femmes car les radicaux s’y opposaient.

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Au final, ce qui est au centre de tout, c’est la monnaie. Évocation du CEL.

Pourquoi toujours parler de la monnaie comme moteur principal et considérer qu’on ne peut pas faire sans, qu’on peut réformer le capitalisme ? Des alternatives existent, par exemples celles présentées par Lordon. L’économie devrait être un service public. Le salaire à vie présenté par Bernard Friot, ça c’est réellement révolutionnaire.

Le bénévolat, le volontariat, ça peut marcher à l’échelle d’une famille, d’une communauté, mais pour être exportable, on a besoin d’un système.

Pour approfondir cette question que beaucoup de monde ignore ou méconnait, il est demandé à la commission monnaie si elle peut élaborer des schémas, des résumés suffisamment simples et explicites pour présenter à tous afin d’en savoir plus et d’avoir quelques notions de base pour comprendre l’économie et ses enjeux.

 


Autres infos :

Nuit Debout Lyon propose de se rendre au Parc Gerland du 25 au 31 juillet pour le « Festival Debout Lyon » dans le but de partager les expériences, d’organiser des débats, des concerts, des ateliers, etc. On peut trouver des infos dessus à cette adresse : https://www.facebook.com/events/1057558064297668/

RDV le 12 juillet à 12 h devant la poste de Chavant pour soutenir des syndicalistes dont l’emploi est menacé à cause de leur engagement syndical.

RDV samedi 9 juillet à 9 h 45 aux arrêts de bus devant la bibliothèque, à Chavant pour aller au Touvet soutenir les ouvriers d’Ecopla.

RDV dimanche à la MC2 avec à 14 h, jardinage, musique, goûter, etc. et à 19 h l’AP. (Cette AP sera l’occasion de reparler de la plateforme des exigences)

RDV dimanche à 16 h au Jardins d’utopie. Ils sont en danger, l’université veut encore une fois grappiller du terrain sur ces jardins. Ce rdv servira à s’organiser pour faire une université d’été voire un campement là-bas.

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